Une plaque ronde et dépilée apparaît sur l’oreille du chat, sans qu’il se gratte forcément. Mycose, allergie, coup de griffe infecté ? Le propriétaire hésite. La question qui suit presque toujours est celle de la contagion : vers les autres animaux du foyer et vers lui-même.
La teigne du chat (ou dermatophytose) est une infection fongique de la peau et du poil causée dans 90 à 95 % des cas par le champignon Microsporum canis (Frymus et al., 2013, Journal of Feline Medicine and Surgery). Un traitement antifongique associé à une décontamination de l’environnement suffit en général à en venir à bout en 4 à 8 semaines, y compris quand la maladie s’est déjà transmise à un humain du foyer. Les signes à reconnaître, les examens qui posent le diagnostic, les traitements disponibles comparés et la durée réelle de contagiosité : c’est cette dernière qui détermine si la maison doit vraiment être entièrement désinfectée.
Reconnaître les signes de la teigne chez le chat
Une zone circulaire dépilée, parfois recouverte de squames grisâtres ou de petites croûtes, est le signe le plus caractéristique. Elle mesure de quelques millimètres à 7-8 centimètres de diamètre. La tête et les oreilles sont les zones les plus touchées ; le chanfrein et les pattes avant suivent de près. Le prurit reste variable. Certains chats se lèchent frénétiquement la zone atteinte, d’autres ne montrent aucun inconfort visible alors que la lésion progresse.
C’est ce qui rend la dermatophytose trompeuse. Un chat adulte peut héberger Microsporum canis sans développer la moindre lésion. Il reste alors porteur asymptomatique, contagieux pendant plusieurs semaines. Chez le chaton de moins de 2 ans, les signes cliniques apparaissent plus fréquemment : l’âge jeune figure parmi les principaux facteurs de risque identifiés par la littérature vétérinaire (Moriello et DeBoer, 2012).
Confirmer le diagnostic : lampe de Wood, culture fongique et PCR fongique
Un vétérinaire ne se fie jamais à l’œil nu seul pour poser un diagnostic de teigne. La lampe de Wood, une lampe à ultraviolets qui fait fluorescer en vert certains poils infectés, reste l’examen le plus rapide en consultation. Sa fiabilité est limitée : la sensibilité pour Microsporum canis atteint 71 % (spécificité 92 %) selon une étude portant sur son usage par le personnel de refuges félins (PMC, 2023). Une lampe qui ne montre aucune fluorescence n’exclut donc pas la teigne, notamment quand la souche en cause ne fluoresce pas ou quand un autre dermatophyte est en cause.
La culture fongique sur milieu DTM (dermatophyte test medium) reste l’examen de référence. Elle confirme l’infection et identifie l’espèce en 1 à 3 semaines selon la vitesse de croissance du champignon. La PCR fongique, plus récente, rend un résultat en quelques jours mais ne distingue pas toujours une infection active d’une simple contamination des poils par des spores environnementales.
Comparer les traitements antifongiques
Le traitement combine presque toujours un antifongique systémique et un traitement topique. Un shampoing seul ne suffit pas. Le tableau suivant compare les options les plus utilisées en médecine vétérinaire féline.
| Traitement | Mode d’action | Durée minimale | Forme d’administration |
|---|---|---|---|
| Itraconazole | Antifongique systémique, cible la membrane du champignon | 6 à 8 semaines, cures en semaines alternées | Comprimé ou solution buvable, sur prescription |
| Terbinafine | Antifongique systémique, alternative à l’itraconazole | 4 à 6 semaines | Comprimé quotidien, sur prescription |
| Shampoing miconazole / chlorhexidine | Antifongique et antiseptique topique | 2 bains complets par semaine pendant toute la durée du traitement | Bain complet du chat |
| Lime sulfur dip | Solution soufrée topique à large spectre | Application hebdomadaire, 4 à 6 semaines | Immersion ou pulvérisation, odeur forte |
| Enilconazole | Antifongique topique, aussi utilisé pour décontaminer l’environnement | 2 applications par semaine, 3 à 4 semaines | Solution à pulvériser sur le chat et les surfaces |
Le référentiel publié par le GEDAC (Groupe d’Étude en Dermatologie des Animaux de Compagnie) en 2014 recommande de toujours associer un traitement systémique à un traitement topique : le second réduit la dissémination des spores pendant que le premier agit en profondeur. Le coût dépend surtout de la durée du traitement plutôt que du produit choisi : la griséofulvine, plus ancienne, coûte généralement moins cher que l’itraconazole mais impose une surveillance régulière de la numération sanguine, en raison d’un risque de suppression médullaire notamment chez les chats FIV positifs. L’itraconazole, à l’inverse, expose à un risque d’hépatotoxicité qui justifie un contrôle des enzymes hépatiques en cas de traitement prolongé. Dans les deux cas, la dépense provient surtout des consultations de contrôle.
Combien de temps le chat reste-t-il contagieux ?
Sans traitement, un chat porteur de Microsporum canis peut rester contagieux pendant plusieurs mois, le temps que l’infection suive son cours naturel. Sous traitement antifongique bien conduit, associé à une décontamination de l’environnement, la contagiosité diminue nettement. Comptez 2 à 4 semaines dans la majorité des cas. Elle ne disparaît pas au premier jour de traitement : mieux vaut attendre 2 contrôles à culture fongique négative consécutifs avant de considérer le chat non contagieux.
Chez un chat très âgé ou immunodéprimé, cette clairance peut prendre plusieurs semaines de plus que chez un chat adulte en bonne santé. C’est une limite réelle du traitement standard, rarement mentionnée dans les fiches généralistes.
Isoler le chat ne signifie pas jeter les coussins ou l’arbre à chat dès le premier jour. La litière agglomérante se désinfecte avec une solution adaptée, sans devoir être remplacée. Un nettoyage régulier des surfaces et un lavage à haute température du linge suffisent dans la grande majorité des cas.
Teigne du chat chez l’homme : symptômes et facteurs de risque
La dermatophytose est une zoonose. Elle se transmet du chat vers l’humain par contact direct avec les poils ou la peau infectée. La transmission indirecte existe aussi par une brosse ou un tissu contaminé. Chez l’homme, la lésion prend la forme d’une plaque rouge et circulaire qui démange, dont le contour squameux progresse pendant que le centre semble guérir : d’où le nom de teigne ou ringworm en anglais.
Les enfants et les personnes immunodéprimées sont les plus exposées, tout comme les personnes âgées dont les défenses immunitaires s’affaiblissent, selon les données rassemblées par le Cornell Feline Health Center. Un contact cutané répété avec un chat porteur, même asymptomatique, suffit parfois à transmettre les spores.
Face à une plaque suspecte sur la peau d’un membre du foyer, consultez un médecin sans attendre. Lui seul confirme le diagnostic et prescrit un antifongique adapté à la localisation et à l’âge du patient.
Décontaminer la maison sans tout jeter
Les spores de Microsporum canis survivent longtemps hors de l’hôte, jusqu’à 18 mois dans la poussière et les textiles. Décontaminer efficacement ne demande pourtant pas de tout remplacer.

- Aspirer quotidiennement les zones fréquentées par le chat et jeter le sac ou vider le bac hors de la maison
- Laver la literie, les couvertures et les jouets en tissu à 60 degrés minimum
- Désinfecter la litière agglomérante, le griffoir vertical et le transporteur avec une solution d’eau de Javel diluée au dixième ou de l’enilconazole en pulvérisation sur les surfaces non poreuses
- Isoler le chat traité dans une seule pièce facilement lessivable pendant les 2 premières semaines
Le canapé en tissu ou le tapis épais posent davantage de difficulté qu’une litière en plastique. Un passage à la vapeur chaude ou un nettoyage professionnel réduit le risque sans nécessiter un remplacement complet du mobilier.
Chatons, chats FIV/FeLV : qui risque vraiment le plus
L’âge reste le facteur de risque le mieux documenté. Les chatons de moins de 2 ans, une immunodépression avérée, une carence en protéines ou en vitamine A et un environnement chaud et humide favorisent l’installation de la dermatophytose, d’après les facteurs prédisposants recensés par Moriello et DeBoer (2012).
Le statut FIV ou FeLV, souvent cité en premier par les propriétaires inquiets, ne figure pas parmi ces causes directes.
Le consensus publié par Moriello et ses coauteurs en 2017, repris dans les lignes directrices de l’ABCD (European Advisory Board on Cat Diseases), conclut qu’un statut séropositif FIV ou FeLV, à lui seul, n’augmente pas le risque de dermatophytose.
Une étude antérieure (Mancianti et al., 1992) avait observé davantage de cas chez des chats FIV positifs mais ce lien n’a pas été confirmé par les travaux suivants. L’hypothèse retenue aujourd’hui est que l’environnement de vie du chat explique l’écart observé entre ces études, plutôt que son statut rétroviral.
Un chat stérilisé, correctement vermifugé et suivi régulièrement chez le vétérinaire n’est pas protégé de la teigne par ces seules mesures. Elles restent indispensables pour sa santé générale. La prévention de la dermatophytose passe par la limitation du contact avec des animaux porteurs et par un environnement sec et aéré.
Isolez le chat suspect dans une pièce lessivable dès les premiers signes et consultez un vétérinaire sous 48 heures pour confirmer le diagnostic par culture fongique ou PCR. Si une plaque rouge circulaire apparaît sur la peau d’un enfant ou d’un adulte du foyer, montrez-la à un médecin dans le même délai.